20 décembre 2016

Le drame des Partis politiques congolais : "CONSTANCE DANS L’INCONSTANCE DU POUVOIR"

Les récents développements politiques en République démocratique du Congo, où Majorité présidentielle et Opposition « dialoguent » sous le curieux arbitrage d’un conclave en soutanes, pour obtenir la reddition d’un pouvoir sanguinaire qui n’est pas prêt de lâcher le morceau, montrent à quel point l’histoire peut être têtue.

 

Dans un dernier espoir, la population congolaise s’accroche à la date du 19 décembre, comme ultime marqueur légal de la fin de mandat de Joseph KABILA. Mais encore aurait-il fallut pour que cette date ait un sens, que son accession au pouvoir et ses différents mandats se soient inscrit dans une quelconque légalité. Encore aurait-il fallu pour que cette date ait un sens, que des élections libres et démocratiques aient été organisées cette année ou en 2011. Au lieu de cela, le règne par l’absurde poursuit son petit bonhomme de chemin en RDC. Et voici qu’il faut discuter, dialoguer, quémander peut être ? Comme pour négocier avec son bourreau la parcelle de liberté qu’il est prêt à nous accorder. Un absolu non-sens ! Car un prédateur ne démissionne pas, ni ne négocie la vie de ses victimes, surtout quand celles-ci n’ont aucun poids dans le rapport de force.

 

C’est alors que le mépris de la classe politique congolaise pour la population atteint des sommets. Car c’est bien pour peser dans le rapport de force que certains politiciens n’hésitent pas à instrumentaliser la colère et l’exaspération du peuple. Ces acteurs politiques, tandis qu’ils négocient des postes juteux avec un pouvoir dont on se sait plus s’il est leur ennemi ou leur partenaire commercial, exploitent sans sourciller la souffrance d’un peuple extenué, en encourageant une jeunesse matériellement démunie à manifester mains nues contre un pouvoir criminel qui ne se gêne même plus d’annoncer publiquement les massacres auxquels il compte se livrer. Quelle irresponsabilité ! Quel cynisme pour des hommes politiques, dans un pays où le niveau d’instruction est déjà calamiteux, d’envoyer à l’abattoir, le fleuron d’une jeunesse formée, éclairée et courageuse, sur qui repose véritablement l’avenir du pays. Ils envoient ces jeunes, faire le sale boulot qu’ils n’ont pas pu ou n’ont pas voulu faire, dans le but de récolter, au bout de tous les massacres en perspective, le sacrosaint catalogue de martyrs et de cadavres défigurés, qui donnera à la très sélective communauté internationale, l’envie soudaine de sauver la population congolaise, du dictateur qu’ils ont eux-mêmes placé et adoubé, pour lui substituer plus tard une autre marionnette. Et tout ceci, avec la complicité d’une classe politique, minée par la corruption, et infestée de parasites politiques dépourvus de toute intégrité ou conscience historique qui leur permettrait de prioriser l’intérêt du pays, face aux billets verts de l’Oncle Sam.

Les congolais n’imaginent pas combien de plans diplomatiques et militaires, qui auraient pu être salutaires pour le Congo, ont été sabotés, court-circuités de l’intérieur par égoïsme, mercantilisme, ou simplement par manque de cohésion et de cohérence stratégique.

 

Ainsi par exemple, comme le racontera Gérard KAMANDA Wa KAMANDA, en mai 1998, alors qu’il redoublait d’efforts - en sa qualité de Président du Collectif de l’opposition Zaïro-Congolaise en exil - pour unifier le paysage politique morcelé de cette opposition, il prit l’initiative d’organiser une rencontre à Abidjan en Côte d’Ivoire, avec les généraux ILUNGA SHAMANGA et Paul MUKOBO, pour examiner les voies et moyens de lancer une résistance armée contre le régime Kabila, dont il était établi qu’il n’était pas d’essence interne. KAMANDA Wa KAMANDA fut chargé d’organiser la direction politique de la résistance, pendant que les généraux ci-dessus, s’occuperaient de rassembler les officiers capables et les unités militaires sur lesquelles on pouvait compter pour mener une telle opération. Mais contre toute attente, en août 1998 alors que l’opération se préparait, ils furent surpris d’apprendre la création du tristement célèbre RCD GOMA, qu’avaient rejoint plusieurs de leurs collègues du Collectif de l’opposition Zaïro-Congolaise en exil ! La nouvelle rébellion congolaise soutenue par le Rwanda, contre celui-là même qu’un an auparavant l’armée du Général Paul KAGAME avait placé au pouvoir à Kinshasa, rejoint alors Goma via Kigali pour renverser militairement le nouveau régime au pouvoir au Congo, en utilisant le même procédé, les mêmes parrains, africains et non africains, les mêmes soutiens financiers que Kabila. Quelques semaines plus tard naissait à KISANGANI, le Mouvement pour la Libération du Congo, MLC, de Jean Pierre BEMBA, une autre faction rebelle soutenue par l’Ouganda de Yoweri MUSEVENI contre son ancien allié KABILA. Le projet de résistance militaire purement congolaise venait d’être purement et simplement disqualifié et la maladresse des acteurs politiques congolais, qui venaient une fois plus de se mettre en intelligence avec des puissances étrangères pour attaquer leur pays, donnera un moratoire à KABILA, pourtant totalement isolé à l’extérieur et affaibli à l’intérieur, à cause de la posture de vassale dans laquelle il avait placé le Congo, vis-à-vis de ces voisins de l’Est. Il fallait une fois encore changer de stratégie. 

 

 

De Mobutu aux « KABILAS », c’est bien cette INCAPACITE de la classe politique, à se fédérer et à faire taire ses velléités dans l’intérêt souverain du peuple, qui est la cause de notre continuel asservissement.

Mais rendons nous compte ! L’inconstance politique et la manœuvrabilité de beaucoup de nos hommes politiques nous a déjà couté trop cher !

  • Dès la première guerre d’invasion en 1996, le pays a brusquement et arbitrairement été débaptisé passant du Zaïre, à la République démocratique du Congo, non pas par élan patriotique mais dans le seul but de régulariser de manière collective et expéditive de nombreux dossiers frauduleux de nationalité, notamment ceux des immigrés et infiltrés Tutsis illégaux de récente date à l’Est du pays et des militaires étrangers (rwandais, ougandais et autres) qui ont appuyé les forces de l’AFDL pendant la guerre, en leur octroyant automatiquement la nationalité congolaise, lors de l’opération de mise en circulation et de délivrance de la nouvelle carte d’identité pour Congolais

 

  • A la dictature se sont donc ajoutés l’occupation politique et militaire étrangère, les déplacements forcés et massacres de populations par millions ainsi que le hold-up pour ne pas dire l’OPA lancée par les commanditaires de l’agression contre le Congo, sur les ressources naturelles du pays.

 

  • Année après année, une véritable épuration des élites qui refusaient de coopérer s’est mise en place. La stratégie étant simple : pour ceux qu’il est difficile d’assassiner brutalement, ils sont d’abord mis à l’index, acculés financièrement par diverses spoliations pour ne leur laisser d’autre choix que la compromission au nom de la survie, et lorsque malgré tout, ils s’accrochent à leur intégrité, ils finissent par succomber à d’étranges pathologies au pays où le poison coule à flot. Les meilleurs stratèges militaires que comptait notre pays ont ainsi été éliminés, à l’instar du colonel Mamadou NDALA, pour être remplacés par des généraux flasques, arriérés et acquis aux intérêts étrangers dont ils sont redevables. Les plus grands constitutionnalistes que comptait le pays, à l’instar de Me KAMANDA Wa KAMANDA ont été éliminés, afin entre autres, d’appauvrir le débat juridique et faciliter la violation de la constitution.

 

 

 

Face à cette machination criminelle d’envergure; Face au danger qui plane sur l’existence même de la nation congolaise ; Face à un régime KABILA qui porte la marque de l’agression et qui a toutes les caractéristiques d’un régime d’occupation, Comment la classe politique congolaise peut-elle encore faire preuve de légèreté ?!! Et comment des congolais peuvent-ils encore compter sur les vieilles recettes de dialogues et autres tractations nationales dont il ne ressort jamais rien ?! Des années 60 aux dialogues auxquels nous assistons hébétés aujourd’hui, rien n’a changé. Les mêmes complots continuent à se tisser dans l’ombre. Les mêmes traitrises, les mêmes assassinats, et les mêmes jeux de dupes qui égarent encore et encore une population qui peine à comprendre que le véritable ennemi est d’abord congolais.

 

Par ce que « la constance dans l’inconstance du pouvoir » comme disait Me KAMANDA Wa KAMANDA est devenue la marque de fabrique de la classe politique congolaise. Nous aurons beau identifier et lutter contre les coalitions d’états pilleurs qui lorgnent sur nos richesses, et œuvrent à notre anéantissement ; tant que nous serons incapables de nous unir et de travailler ensemble intelligemment, tant que nous compterons dans nos rangs, des congolais prêts à vendre leur terre et leurs frères pour une poignée de billets, nous resterons d’éternelles victimes du système de prédation capitaliste.

 

A l’heure actuelle, une opposition politique responsable, et assainie serait en mesure de grouper ses moyens d’action politique, de parler d’une seule voix diplomatique à travers des délégations dignes de ce nom, d’éventuellement rallier à leur cause des Etats hostiles aux manœuvres de l’impérialisme néolibéral Occidental, pour mener une offensive armée contre les forces d’oppression en RDC. Au lieu de cela nous nous embourbons encore et toujours dans les eaux boueuses et ensanglantées des Grands Lacs.

 

Le salut de notre pays passe par une réelle prise de conscience, qui s’impose à tous, sans exception. Et cette prise de conscience requière une relecture sans complaisance de notre histoire, sans partis pris idéologiques ou ethniques dans l’espoir de ne plus retomber dans les travers qui ont causé notre perte. Aujourd’hui encore, trop nombreux sont les congolais, qui par révolte, par paresse intellectuelle, ou encore simplement par mauvaise foi, ne font pas l’effort d’analyser l’histoire d’un œil objectif et se contentent de faire du Marechal Mobutu le bouc émissaire bien commode d’une faillite programmée, que la classe politique congolaise toute entière n’a pas su enrayer. Il est temps que les congolais apprennent à analyser leur histoire, pour connaitre et comprendre le fonctionnement et les méthodes de ceux qui les gouvernent ou aspirent à le faire ; autrement que par le truchement des affinités ethniques ou familiales. Les congolais doivent s’interroger et apprendre de leur passé pour avancer, car nous ne le savons que trop bien, les mêmes causes produisent les mêmes effets…

 

 

Dyana Kamanda Mole

 

 

Nos horaires d'ouverture

lun.-ven. :

09:00  - 18:00 

Nous attendons avec intérêt, de recevoir de vos nouvelles.